Être né ici, penser aussi là-bas : technologie, responsabilité et héritage

Je suis né à Paris.
J’y ai grandi, étudié et construit mon parcours professionnel. Mon rapport aux systèmes d’information, à la gouvernance et à la cybersécurité s’est forgé dans des organisations structurées, au cœur d’environnements complexes et exigeants. C’est ici que j’exerce aujourd’hui mes responsabilités de DSI et de RSSI.

Mais je suis aussi originaire du Mali.

Cette double réalité n’a rien d’exceptionnel. Elle est partagée par beaucoup. Pourtant, avec le temps, j’ai compris qu’elle influençait profondément ma manière de penser la technologie, les systèmes et leur utilité réelle. Le Mali n’est pas pour moi un lieu de projection abstraite ou un sujet d’évocation identitaire. Il est un point de référence intellectuel, une boussole discrète mais constante.

Être né dans un pays où les infrastructures sont largement acquises, tout en étant originaire d’un pays où elles restent souvent fragiles ou incomplètes, crée un contraste durable. Ce contraste invite à relativiser certaines évidences. Il pousse à interroger ce que l’on considère comme allant de soi, notamment en matière de technologie.

Le sujet du désenclavement et de la mobilité urbaine illustre bien cette réflexion. Dans de nombreuses villes maliennes, la mobilité n’est pas un confort, mais une condition d’accès aux opportunités les plus élémentaires. Les solutions importées, souvent pensées pour d’autres contextes, montrent rapidement leurs limites. Ce qui fonctionne ici ne fonctionne pas toujours ailleurs.

Ce constat m’a appris une chose essentielle : la technologie n’est jamais neutre. Elle est toujours le produit d’un contexte, d’usages et de contraintes. Avant de parler d’outils, d’architectures ou d’optimisation, il faut comprendre le terrain. Cette conviction traverse aussi bien mes réflexions professionnelles que mes centres d’intérêt personnels.

Un autre sujet qui m’interpelle depuis longtemps est celui des céréales ancestrales et de l’agro-industrie au Mali. Le mil, le sorgho ou le fonio incarnent une forme de résilience rarement mise en avant. Ils racontent une histoire de savoir-faire, d’adaptation et de durabilité. Là encore, la question n’est pas de refuser la modernisation, mais de s’interroger sur sa finalité. Moderniser pour quoi, et pour qui ?

Ces réflexions personnelles nourrissent directement ma posture professionnelle. Elles m’ont appris à me méfier des solutions trop élégantes sur le papier, mais difficiles à maintenir dans le temps. Elles m’ont surtout appris que la robustesse et l’appropriation comptent souvent plus que la sophistication. Un système compris, maîtrisé et accepté vaut mieux qu’un système brillant mais fragile.

Être DSI et RSSI aujourd’hui, c’est précisément naviguer dans ces tensions. Entre innovation et maîtrise, entre ambition et responsabilité. Le regard que je porte sur le Mali m’aide à garder cette exigence de pragmatisme. Il me rappelle que les systèmes d’information ne sont pas des objets abstraits, mais des leviers au service de trajectoires humaines, économiques et sociales.

Écrire sur ces sujets dans un blog professionnel n’est pas un exercice identitaire. C’est un exercice de cohérence. Assumer d’où l’on vient, sans l’ériger en posture, permet de mieux expliquer où l’on va. Les convictions personnelles ne sont pas incompatibles avec la rigueur professionnelle, à condition qu’elles soient clairement situées.

Ce blog restera avant tout un espace de réflexion sur la gouvernance des systèmes d’information, la cybersécurité, l’intelligence artificielle et la transformation numérique. Mais il assumera aussi cette dimension plus personnelle, parce qu’elle éclaire ma manière de penser ces sujets. Être né ici et originaire de là-bas n’est pas une contradiction. C’est une richesse, à condition de la transformer en exigence.