Investir n’est pas parier : ce que mes choix disent de ma lecture de la technologie

Je parle rarement d’investissement, et lorsque je le fais, ce n’est jamais sous l’angle du rendement ou de la performance financière. Ce qui m’intéresse dans l’acte d’investir, ce n’est pas la promesse de gain, mais la lecture technologique et systémique qu’il révèle.

Investir n’est pas, à mes yeux, un pari.
C’est une prise de position intellectuelle sur des infrastructures, des dépendances critiques et des trajectoires de long terme.

Mon intérêt pour les crypto-actifs s’inscrit dans cette logique. Non pas comme une adhésion idéologique ou spéculative, mais comme un terrain d’expérimentation grandeur nature autour de questions que je rencontre quotidiennement dans mon rôle de DSI et de RSSI : la confiance, la décentralisation, la gouvernance distribuée et la responsabilité réelle. La technologie blockchain ne résout pas tout, mais elle oblige à poser les bonnes questions, notamment lorsque l’intermédiaire disparaît ou se fragilise.

De la même manière, mon attention portée à des acteurs comme NVIDIA, AMD ou ASML ne relève pas d’un suivi de tendances. Les semi-conducteurs sont devenus une infrastructure critique mondiale, au cœur de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, de la souveraineté numérique et de la résilience industrielle. Observer ces entreprises, c’est observer des chaînes de valeur complexes, fragiles et profondément interdépendantes — exactement comme les systèmes d’information que nous gouvernons.

C’est dans ce même esprit que je m’intéresse à des initiatives plus émergentes comme Find & Order. Ce qui m’y intéresse n’est pas uniquement la promesse de simplification des processus d’achat ou de recherche, mais la manière dont la technologie s’attaque à des problèmes concrets, ancrés dans le réel.

Le service de géolocalisation indoor proposé par Find & Order, basé sur le dead reckoning et des capteurs magnéto-inertiels, en est une illustration particulièrement intéressante. Il s’attaque à un angle mort bien connu : celui des environnements clos, là où le GPS cesse de fonctionner, mais où les usages opérationnels, eux, restent critiques. Entrepôts, sites industriels, plateformes logistiques : dans ces contextes, la question n’est pas d’atteindre une précision parfaite, mais de rester utile malgré l’incertitude.

Les approches magnéto-inertielles assument une réalité que beaucoup de systèmes cherchent à masquer : la dérive, l’imprécision, l’erreur cumulée. Mais elles le font de manière pragmatique, en cherchant un équilibre entre autonomie, simplicité de déploiement et valeur métier. Ce type de compromis est profondément familier à tout DSI ou RSSI. Il rappelle qu’un système n’a pas besoin d’être exact à 100 % pour être pertinent, mais qu’il doit être compréhensible, maîtrisé et gouvernable.

Ces différents choix ne constituent pas une stratégie d’investissement au sens classique. Ils traduisent une cohérence. Je m’intéresse aux technologies qui structurent durablement des écosystèmes, à celles qui rendent visibles des dépendances, à celles qui obligent à penser la responsabilité plutôt que la seule performance. Aux fondations plutôt qu’aux effets de mode.

Cette cohérence fait écho à ma posture professionnelle. Diriger un système d’information, c’est accepter que certaines décisions produisent leurs effets bien après leur mise en œuvre. C’est apprendre à composer avec l’incertitude, sans jamais céder à l’improvisation. Investir, dans ce cadre, devient une extension naturelle de cette manière de penser : une façon de rester attentif aux dynamiques technologiques de fond, à celles qui façonnent silencieusement notre environnement numérique.

Je ne confonds pas innovation et précipitation, ni vision et spéculation. Les technologies qui retiennent mon attention sont celles qui résistent au temps, aux contraintes et aux contextes imparfaits. Celles qui obligent à parler de gouvernance, de dépendance et de responsabilité avant de parler de performance.

Écrire cela ici n’est ni une recommandation ni une démonstration. C’est un partage de regard. Parce que je suis convaincu que, pour un dirigeant du numérique, comprendre où se situent les infrastructures critiques de demain est aussi important que maîtriser les outils d’aujourd’hui.