Réussir le CISM ou devenir CISM : une nuance qui change la posture du RSSI
Lorsqu’on parle de certification CISM, la discussion se concentre presque toujours sur l’examen. Les scores, les domaines, la difficulté des questions, la préparation nécessaire. Cette focalisation est compréhensible, mais elle occulte une distinction essentielle, qui n’apparaît qu’avec un peu de recul : réussir le CISM n’est pas la même chose que devenir CISM dans sa posture professionnelle.
Réussir le CISM signifie atteindre un objectif mesurable. C’est valider un niveau de compréhension, répondre correctement à des questions, franchir une étape dans un parcours. C’est une réussite légitime, souvent le fruit d’un investissement conséquent. Mais cette réussite, aussi importante soit-elle, reste ponctuelle. Elle s’inscrit dans un temps court, celui de l’examen.
Devenir CISM, en revanche, relève d’un processus plus lent et plus profond. Cela implique d’intégrer durablement une manière de raisonner, d’analyser les situations et de se positionner face aux enjeux de sécurité. Cette transformation ne se décrète pas le jour des résultats. Elle s’opère progressivement, souvent de manière presque imperceptible, au fil des lectures, des réflexions et des mises en perspective avec la réalité du terrain.
Ce glissement de posture est l’un des apports les plus intéressants de la préparation du CISM. À mesure que l’on avance, certaines questions commencent à émerger spontanément dans la pratique quotidienne. Pourquoi cette initiative de sécurité est-elle prioritaire ? À quel objectif de l’organisation répond-elle réellement ? Le risque que nous cherchons à traiter est-il compris et partagé ? Ces interrogations, centrales dans l’examen, deviennent peu à peu des réflexes professionnels.
Ce qui change également, c’est la relation à la décision. Le CISM invite à accepter que toutes les décisions ne soient pas optimales d’un point de vue technique. Il valorise des choix éclairés, assumés, alignés avec un contexte donné. Cette approche peut parfois entrer en tension avec une culture de l’expertise technique, où la meilleure solution est celle qui réduit le risque au maximum. Le CISM propose une autre lecture : la meilleure décision est celle qui équilibre risque, valeur et responsabilité.
Dans cette logique, le rôle du RSSI se redéfinit subtilement. Il ne s’agit plus d’être celui qui sait, mais celui qui aide à comprendre. Celui qui structure le débat, qui rend visibles les conséquences, qui accompagne les arbitrages. Cette posture n’est pas toujours confortable, car elle implique d’accepter une part d’incertitude et de compromis. Mais elle est profondément alignée avec les attentes actuelles des organisations en matière de gouvernance.
L’appartenance à une communauté professionnelle, comme celle portée par l’ISACA, renforce cette dynamique. Les échanges entre pairs, les retours d’expérience, les discussions autour de cas concrets permettent de prolonger la réflexion au-delà de l’examen. Ils rappellent que le CISM n’est pas seulement une certification, mais aussi un cadre de référence partagé.
Avec le temps, cette posture “CISM” influence la manière de communiquer avec la direction, les métiers et les équipes. Les discours gagnent en clarté, les priorités sont mieux explicitées, les décisions s’inscrivent dans une logique plus lisible. La sécurité cesse d’être perçue comme un ensemble de contraintes pour devenir un élément structurant de la stratégie.
C’est sans doute là que se situe la véritable valeur du CISM. Non pas dans la reconnaissance formelle qu’il apporte, mais dans la transformation progressive du regard porté sur la sécurité de l’information. Réussir l’examen est une étape. Devenir CISM, dans sa posture et dans ses pratiques, est un chemin plus long, mais infiniment plus riche.
Dans le prochain article, j’aborderai un sujet souvent attendu par les pairs : la manière dont le CISM prépare, consciemment ou non, la transition vers le CISSP, et pourquoi cette chronologie a du sens lorsqu’on raisonne en termes de parcours professionnel.
