RSSI en 2025 : pourquoi la cybersécurité est devenue une affaire de gouvernance
Il fut un temps où la cybersécurité était avant tout perçue comme une affaire de spécialistes. Un domaine réservé à quelques profils techniques, souvent relégué au second plan tant que les systèmes fonctionnaient et que les incidents restaient invisibles. Cette époque est désormais derrière nous.
En 2025, la cybersécurité ne peut plus être comprise uniquement comme un ensemble de mesures techniques destinées à protéger des infrastructures. Elle est devenue, de manière progressive mais irréversible, une question de gouvernance. Non pas parce que la technologie aurait perdu de son importance, mais parce que les décisions liées à la sécurité engagent aujourd’hui directement la responsabilité des organisations et de leurs dirigeants.
Lorsqu’un incident survient, l’analyse ne s’arrête plus à la recherche d’une vulnérabilité ou d’un défaut de configuration. Les interrogations portent désormais sur les choix qui ont été faits en amont, sur les arbitrages qui ont conduit à accepter certains risques, et sur la manière dont ces risques ont été compris, expliqués et assumés. La cybersécurité devient alors un révélateur de la maturité décisionnelle d’une organisation.
Dans ce contexte, le rôle du RSSI évolue profondément. Il ne s’agit plus seulement de maîtriser des référentiels, des normes ou des outils de protection. Le RSSI est de plus en plus attendu sur sa capacité à mettre en perspective le risque, à le traduire dans un langage compréhensible par des décideurs non techniques, et à accompagner des choix qui dépassent largement le périmètre de l’IT.
Cette transformation s’inscrit naturellement dans les cadres portés par des organismes de référence comme le NIST, l’ISO ou encore l’ISACA. Tous convergent vers la même idée : le risque cyber n’est pas un risque technique isolé, c’est un risque global, au même titre que les risques financiers, juridiques ou opérationnels.
Parler de gouvernance en cybersécurité peut sembler abstrait, presque conceptuel. Pourtant, dans la pratique, cela se traduit par des décisions très concrètes. Accepter un risque résiduel, prioriser un investissement de sécurité plutôt qu’un autre, arbitrer entre la rapidité de mise sur le marché et le niveau d’exposition, ou encore définir ce qui est considéré comme acceptable pour l’organisation. Ces choix ne relèvent plus uniquement de la technique ; ils engagent une vision, une stratégie et une responsabilité collective.
Dans ce cadre, le RSSI n’est ni un censeur ni un empêcheur de transformer. Il n’est pas là pour bloquer des projets, mais pour éclairer les conséquences des décisions. Son rôle consiste à rendre visibles des scénarios qui, sans cela, resteraient abstraits ou sous-estimés. Cette posture exige une compréhension fine des enjeux métiers, une capacité de dialogue avec des profils variés et une rigueur constante dans l’analyse du risque.
Si cette évolution est aujourd’hui irréversible, c’est parce qu’elle est portée par plusieurs dynamiques de fond. La pression réglementaire renforce la responsabilité des dirigeants face aux incidents. La dépendance croissante aux systèmes numériques rend toute indisponibilité ou compromission potentiellement critique. Enfin, la médiatisation des incidents de sécurité expose publiquement des décisions qui, autrefois, restaient internes. Dans ce contexte, la cybersécurité ne peut plus être cantonnée à un rôle de support technique.
Pour les RSSI, mais aussi pour celles et ceux qui se destinent à ces fonctions, cette transformation implique un changement de posture. Il devient essentiel de renforcer sa culture de la gestion des risques, de développer une réelle capacité pédagogique et d’accepter que certaines décisions relèvent autant de considérations économiques ou stratégiques que de critères techniques. C’est précisément cette approche que l’on retrouve dans des parcours de certification orientés management et gouvernance, comme le CISM ou le CISSP, qui invitent à prendre de la hauteur par rapport aux seuls contrôles de sécurité.
Considérer la cybersécurité comme une affaire de gouvernance n’est pas une contrainte supplémentaire imposée aux experts. C’est, au contraire, une opportunité. Une opportunité de repositionner la sécurité au bon niveau, de contribuer de manière constructive aux décisions stratégiques et de donner du sens à des arbitrages parfois complexes. C’est aussi une manière de sortir d’une logique défensive pour inscrire la cybersécurité dans une dynamique de responsabilité et de confiance.
Ce blog s’inscrit dans cette perspective. Il n’a pas vocation à proposer des recettes toutes faites, mais à partager une lecture pédagogique et pragmatique de la cybersécurité telle qu’elle se vit aujourd’hui, au plus près des décisions. Les prochains articles aborderont naturellement ces sujets, qu’il s’agisse de gouvernance, d’intelligence artificielle ou de parcours de certification, avec un même fil conducteur : mettre la sécurité au service de la décision, et non l’inverse.
